Le roman de Renart est un recueil de récits écrit en langue romane par des auteurs anonymes entre 1170 et 1250. Ce long texte est composé de « branches », c'est à dire de différentes séries d'aventures allant de la critique bon enfant à la satire assassine de la société médiévale. Il apparaît comme une parodie des chansons de geste et des romans courtois qui exaltaient la société chevaleresque. Éloge de la ruse contre la force brutale, c'est une sorte de revanche de la bourgeoisie contre les féodaux qui la méprisaient.
L'idée principale est de décrire un monde animal régi par les mêmes règles que le monde humain. Les personnages mis en scène ont connu une immense célébrité, à commencer par Renart le goupil dont le nom propre est devenu nom commun.
La société où ce héros accomplit ses exploits est une réplique de la société humaine avec :
le roi (Noble le lion),
les barons avides et brutaux (Ysengrin le loup, Grimbert le blaireau, Brun l'ours),
Renart le bourgeois,
les gens d’Église pédants et rapaces (Tibert le chat, Tiercelin le corbeau, Bernart l'âne...),
les petites gens (Couart le lièvre, Chanteclaic le coq, Belin le mouton, Tardif le limaçon...).
L'extrait choisi
Il fait partie de la branche VI. C'est une parodie d'un combat de chevaliers.
Le duel de Renart et Ysengrin Retranscrit en langue française actuelle
Renart multiplie ses méfaits. Tous les animaux qu’il a dupés crient vengeance et se plaignent de lui auprès du roi. Ysengrin décide de défendre leur cause et se propose d’affronter Renart en combat singulier.
Ysengrin attaque le premier, comme c’est le droit de l’offensé. Renart s’avance, la tête protégée par l’écu. Ysengrin le frappe et l’injurie en même temps :
« Méchant nain !
— Sire Ysengrin, tenez-moi quitte ; prenez l’amende [1] que je vous offre. Je me reconnaîtrai pour votre vassal [2], je quitterai le pays.
— Il s’agit bien de ce que tu feras en sortant de mes mains ! Tu ne seras plus alors en état de voyager.
— Rien n’est prouvé avec certitude. On verra qui demain sera le mieux en point. »
Ysengrin se précipite, l’autre l’attend l’écu sur le front, le pied avancé, la tête bien couverte. Ysengrin pousse, Renart résiste et, d’un coup de bâton adroitement lancé près de l’oreille, il étourdit son adversaire et le fait chanceler. Le sang jaillit de la tête. Ysengrin se signe, en priant Dieu de le protéger. [...] Renart le suit des yeux, et, s’il hésite à prendre l’offensive, au moins se prépare-t-il à bien soutenir une deuxième attaque. « Que tardez-vous, Ysengrin ? Pensez-vous la bataille finie ? », s’exclame Renart.
Ces mots réveillent Ysengrin. Il avance de nouveau. Le pied tendu, il brandit son bâton et le lance d’une main sûre. Renart l’esquive [3] à temps et le coup ne frappe que l’air.
« Vous le voyez, sire Ysengrin, continue Renart, Dieu est pour mon droit. Vous aviez jeté juste et pourtant vous avez donné à faux [4]. Croyez-moi, faisons la paix, si toutefois vous tenez à votre honneur.
— Je tiens à t’arracher le cœur, et je me ferai moine si je n’y parviens pas ! », s’exclame Ysengrin.
Puis il retourne à la charge, le bâton dissimulé sous l’écu. Tout à coup, il le dresse et va frapper Renart à la tête. L’autre amortit le coup en se baissant, et, profitant du moment où Ysengrin se découvre, il l’atteint de son bâton assez fortement pour lui casser le bras gauche. Tous deux jettent leurs écus, se battent corps à corps, se déchirent à qui mieux mieux, font jaillir le sang de leur poitrine, de leur gorge, de leurs flancs. Difficile de dire qui l’emportera. Ysengrin a pourtant les dents plus aiguës ; les ouvertures qu’il pratique dans la peau de son ennemi sont plus larges et plus profondes. Renart serre Ysengrin en lui faisant un croc-en-jambe qui le renverse à terre. Sautant alors sur lui, il lui brise les dents, lui crache dessus et lui plante son bâton dans les yeux. [...]
Mais, par un faux mouvement, le bâton avec lequel il frappe le corps de son ennemi lui échappe. Le loup tente de se relever mais n’y parvient pas à cause de son bras cassé. Renart a donc l’avantage quand, pour son malheur, son doigt glisse dans la mâchoire d’Ysengrin. Celui-ci serre autant qu’il peut et lui tranche la chair jusqu’à l’os. Pendant que la douleur fait jeter un cri à Renart, Ysengrin lui maintient le bras derrière le dos, le couche à terre et lui monte sur le ventre. Il ne lui épargne pas les coups. Après l’avoir battu, frappé et laissé pour mort, Ysengrin se relève. Il est proclamé vainqueur.
1. - la réparation de la faute.
2. - un seigneur qui dépend d’un seigneur plus puissant.
3. - esquive : évite.
4. - Vous aviez jeté juste et pourtant vous avez donné à faux : vous avez bien visé mais vous avez manqué votre coup.
Le roman de Renart Auteur inconnu Première moitié du XIVe siècle Pages d'un manuscrit 28 x 19,5 cm Bibliothèque nationale de France à Paris La Bibliothèque nationale de France conserve cet exemplaire du Roman de Renart, qui compte pas moins de 157 feuillets et 513 enluminures. Les péripéties du Roman de Renart ont été écrites par différents auteurs entre 1170 et 1250.
Présentation de l'œuvre
L'extrait choisi
Le duel de Renart et Ysengrin Retranscrit en langue française actuelle